Chasse-roue situé rue Cockerill

Aux temps de nos aïeux, les routes ressemblaient plus à des chemins de campagne qu’à des chaussées. Le seul moyen pour se déplacer était le cheval, le char à bœuf, la diligence. L’homme a très vite saisi que ce moyen de transport permettait de voyager partout en étant relativement protégé. Des liaisons régulières et nombreuses ont ainsi vu le jour. On pouvait se déplacer aisément  de la campagne éloignée jusque dans la ville. Le cocher ou le voiturier avait pour mission de mener à bon port voyageurs, courriers et colis. Cependant, l’arrivée du chemin de fer et de l’automobile a envoyé aux oubliettes carrioles, guimbardes et autres diligences.

Les chasse-roues ou boute-roues se sont développés depuis l’Antiquité et durant toute la période durant laquelle les transports se faisaient presque uniquement avec des voitures ou charrettes à cheval. Ces modestes éléments faisaient partie de ce que l’on appelait le « mobilier urbain » autrement dit de nos jours : notre « petit patrimoine ». Ils étaient constitués de pièces souvent métalliques en forme d’arc, de boules ou de cônes. Certains modèles étaient en pierre dure avec une forme inclinée de façon à rabattre les roues vers l’intérieur.

On en trouve encore au pied de chacun des montants d’une porte cochère ou encore dans des chemins étroits, ou contre le coin d’un mur. Pour un cocher gauche, maladroit ou tout simplement inexpérimenté, et conduisant des chevaux récalcitrants la conduite des véhicules pouvait être embarrassante ou même dangereuse. En effet les roues et notamment les moyeux dépassaient à l’extérieur du véhicule. Grand était le risque  que la roue ou le moyeu  heurte et dégrade les montants d’une porte cochère ou l’arête d’un mur.

Chasse-roues de l’ancien hôtel d’Europe

Au Moyen Age, les chasse-roues sont souvent des murets aménagés à la base du  parapet d’un pont ou des bornes demi-circulaires appelées « bornillons ». Les chasse-roues avaient donc pour mission de remettre dans le « droit chemin » le véhicule moyennant une forte secousse et, peut-être, une belle émotion pour les passagers. Chez nous, ces bornes sont le plus souvent en pierre. On en trouvait à l’entrée des portes de fermes, franchies par de lourds chariots chargés de foin par exemple.

Dans notre bonne ville de Spa, nous les trouverons plus souvent à l’entrée des grandes demeures possédant une « entrée cochère ». Reportons-nous avant l’invention de la voiture automobile. Très nombreux étaient les attelages de toutes sortes circulant dans les rues de Spa et amenant bobelins, têtes couronnées et gentilshommes  venant non seulement prendre les eaux  mais aussi prendre du bon temps.

Promenons-nous dans SPA et explorons les chemins jadis fréquentés par les attelages et carrosses des bobelins bien nantis ou autres carrioles campagnardes. Avec un peu d’imagination, nous pouvons entendre résonner sur les vieux pavés de nos rues, les pas des chevaux piaffant et le tintamarre occasionné par les grandes roues des voitures à cheval

Chasse-roue de l’ancien hôtel d’Europe

Nous découvrons la place Verte et ses nombreuses cours. Celles-ci sont souvent précédées d’un porche et les chasse-roues s’y trouvent, non seulement dans l’entrée mais également à l’intérieur de cet espace de façon à permettre au cocher de prendre les tournants sans abîmer les murs.

Les anciens grands hôtels et leur porte cochère recèlent également ces protections venues d’un autre siècle (notre hôtel de ville, l’ancien Grand hôtel et l’hôtel de Spa en sont  des exemples).

Chasse-roue situé rue Cockerill

Le salon de jeux le « Waux-Hall », toujours en rénovation, est gardé par de remarquables grilles aux pieds desquelles on trouve les garde-roues, quelquefois cachés dans les herbes folles. 

Si nous  pénétrons dans le « Vieux Spa »,  nous passons sous le viaduc du chemin de fer qui, lui aussi possède  quatre chasse-roues. Plus loin, dans la rue de Barisart, l’ancienne ferme « Blaise » laissait  apparaître également ce genre de  garde-fou (aujourd’hui, ils n’existent plus).

L’entrée principale de la source de la Géronstère garde encore quelques éléments disposés de part et d’autre du chemin d’accès menant à cette ancienne ferme.

Malheureusement, ce « petit patrimoine » tend à disparaître et les grandes fermes qui auraient pu en posséder ont disparu et sont remplacées par de coquettes villas aux pelouses bien entretenues.

Il serait intéressant de parcourir  notre ville et ses abords, afin de dresser un inventaire de ces reliques du passé.

Monique PONCELET

Sources :

Petits métiers d’autrefois en Wallonie (G. BODRY – Editions Noir Dessin Production)

Lily PORTUGAELS, la Libre Belgique, Gazette de Liège