Il y a un peu plus d’un an, « Réalités » nous exposait les positions des uns et des autres quant à l’abattage des arbres morts qui ternissent toujours actuellement la colline d’Annette et Lubin. Yoann Frédéric, échevin de l’environnement, considérait qu’il fallait « s’accommoder de cette situation » causée par les scolytes, car la DNF, responsable de l’endroit, n’était pas disposée à couper des arbres morts qui ne présentent aucun danger et favorisent même la biodiversité. De son côté, le conseiller communal, Frank Gazzard, insistait sur le caractère peu esthétique de pareille situation, et donc sur l’effet déplorable d’une telle vision auprès des touristes, pour justifier l’urgence d’éliminer ces sujets décharnés.
La solution
La lecture des attendus de cet arrêté est également très instructive. Je me bornerai toutefois à la recommander pour rester concis. Les juristes y verront peut-être un bel exemple de la hiérarchie des lois, tandis que les Spadois pragmatiques et soucieux avant tout de la renommée et de l’éclat de la Perle des Ardennes, insisteront auprès des uns et des autres pour qu’ils se décident enfin à restaurer l’écrin de leur cité terni pas ces taches disgracieuses.
UN CAS SIMILAIRE
Ces divergences de vue m’ont rappelé d’autres aberrations où l’on souhaiterait voir enfin le bon sens l’emporter sur l’application stricte de dispositions, fussent-elles légales, les ayatollahs verts n’étant pas toujours ceux auxquels on pense de prime abord. Ainsi, lors des inondations catastrophiques du 1er juin 2018, je m’étais étonné, entre autres, du laisser-aller qui prévalait dans nos pauvres promenades littéralement abandonnées à elles-mêmes. Le défaut d’élimination régulière des troncs et morceaux de bois de tous calibres qui encombraient le cours de leurs ruisseaux favorisait leur embâcle et donc les débordements, errances, érosion des berges, charriage d’alluvions, obstruction des voûtes dont celle du Wayai et colmatage des arches des ponts jetés sur ces cours d’eau apparemment insignifiants et sans danger. Trop de Spadois ont mesuré ce qu’il en était réellement. Le transport de toutes ces matières ligneuses sur de longues distances pouvait aussi provoquer d’autres inconvénients çà et là en aval et jusqu’au barrage de Lixhe si cela se trouve. Ne rien faire en pareils endroits en vertu de l’application stricte de dispositions légales, c’est aussi oublier un peu trop vite le caractère artificiel, historique et patrimonial de ces promenades créées par l’homme, certes dans un milieu naturel, mais qui réclament précisément de ce fait un minimum d’entretien.
Un autre éclairage
Le 6 octobre 2018, le regretté Renaud Gennée, agent retraité du DNF, m’avait signalé, après avoir lu mes réflexions dans « L’effet Domin’eau », « approuver mon analyse sur beaucoup de points » tout en souhaitant la compléter, lui comme moi craignant la répétition de ces inondations à politique inchangée. Comme il était infiniment plus versé que moi en la matière, j’avais sollicité de sa part l’autorisation de transmettre ses observations à des tiers, ce qu’il m’accorda immédiatement tout en précisant qu’il n’avait plus de devoir de réserve et que son avis était donc personnel et plus officiel. En voici un extrait assez édifiant.
Eléments administratifs : Natura 2.000
Les bois communaux de Spa ont été placés en Zone Natura 2.000 (sauf les épicéas de Mambaye). Le 1er décembre 2016, le Gouvernement wallon a adopté l’ensemble des objectifs de conservation pour le réseau Natura 2000. Parmi les obligations 3% de l’étendue communale Natura devait être placée en zone de conservation intégrale. Les promenades des Artistes, Meyerbeer, Chèvrefeuille, Orléans ont été choisies car les exploitations forestières économiques dans ces zones abimaient les sites et promenades encaissées.
Dans les îlots de conservation, sont interdits
1° toute forme d’exploitation de manière à permettre le vieillissement des bois et forêts et l’expression des dynamiques naturelles.
2° l’enlèvement des arbres morts jusqu’à leur décomposition.
Partout en zone Natura
La coupe et l’enlèvement d’arbres morts qui n’assureraient pas le maintien des arbres morts couchés ou debout à concurrence de minimum deux arbres morts par hectare.
Le maintien d’au moins un arbre d’intérêt biologique par deux hectares.
La création ou la remise en fonction de drains ainsi que le creusement ou la remise en fonction de fossés, à l’exception des fossés de bord de voirie sont interdits.
Le vieillissement des arbres, des maladies comme les phytophtoras et l’amadouvier amènent beaucoup de bois mort dans les ruisseaux.
Remèdes
Obtenir une dérogation du DNF pour retirer le bois mort des ruisseaux et des abords immédiats (promenades), stocker le bois mort dans la zone de conservation hors zone de crue maximum, empêcher touristes et enfants de jeter les bois dans les ruisseaux, de construire des barrages devant les aqueducs, par panneaux d’information.
Augmenter le nombre d’opérateurs dans les bois communaux 1 actuellement (minimum 3 effectifs, + 1 ouvrier des plantations en hiver). Achat matériel adapté (mini pelle hydraulique pour les opérateurs forestiers).
Curage obligatoire des fossés forestiers de voirie après chute des feuilles mi-novembre à mars soit avec le matériel de la ville (autrefois hors priorité, soit par contrat d’entreprise plus fiable pour les délais).
Placer des grilles d’arrêt 5m devant les aqueducs afin que les pierres et bois roulants ne les bouchent pas.
Entretien des cours d’eau de 3e catégorie
La plupart des ruisseaux, incriminés dans votre article, sont à charge d’entretien par la commune. Le Wayai en dessous du lac de Warfaaz (2e catégorie) est à charge d’entretien par la province peu réactive. Les services communaux doivent exiger régulièrement des interventions plus rapides des services provinciaux, pour l’enlèvement des arbres morts et barrages.
Ce même 6 octobre 2018, je remerciais mon correspondant non sans préciser « qu’au-delà des règles de toutes natures, j’ai la nette impression que des hommes modérés, de bonne volonté, animés par la seule volonté du bien commun et de l’intérêt de tous et auxquels le pouvoir de décision aurait été délégué, devraient pouvoir rapidement s’entendre et agir en conséquence dans ce même esprit ».
Michel Minet